L’esclavage raconté autrement
Avec Maurice Bandaman, auteur de Sœurs esclaves (Ed Présence Africaine), Simon Moutaïrou, réalisateur de Ni chaînes ni maîtres (2024), et Abd al Malik, réalisateur de Furcy né libre (2025). Modération : Aissata Seck.
Samedi 21 mars, 15H00-16H00, Salle Olympe Bhêly-Quenum
Maurice Bandaman et Sœurs esclaves : dans ce roman, l’auteur tisse une double narration entre le présent et le passé, entre mémoire collective et quête identitaire. L’histoire débute dans un contexte contemporain : une manifestation à Washington en hommage à George Floyd, point de départ d’une rencontre entre Jordan, un Afro-Américain enseignant et ancien judoka, et Jacinthia, une artiste blanche passionnée par la culture noire. L’intrigue nous entraîne ensuite dans un voyage spirituel et historique, entre l’Amérique, l’Afrique de l’Ouest (notamment la Côte d’Ivoire), les Antilles et le Brésil. Le roman évoque aussi le travail de mémoire autour de la Route des Esclaves, les recherches ADN, les traditions culturelles africaines, les débats identitaires et les tensions dans les couples mixtes.
Abd Al Malik et Furcy né libre : dans ce film, le réalisateur adapte au cinéma une histoire issue du livre de Mohamed Aïssaoui, pour en faire un puissant outil de sensibilisation. En 1817, Furcy fils de Madeleine, est un esclave qui vit sur la propriété de Lory. À la mort de sa mère, il découvre un acte d’affranchissement, le rendant lui-même homme libre. Il intente un procès à son maître afin de faire valoir son statut. Avec le soutien du procureur général Boucher, il réussit à obtenir appel de la décision refusant sa liberté. Mais dans l'attente de cette nouvelle décision, Joseph Lory le fait enfermer pour troubles à l'ordre public. S’ensuit un long combat pour retrouver sa liberté.
Simon Moutaïrou et Ni chaînes ni maîtres : dans cette œuvre, le scénariste et réalisateur traite de l'esclavage et du marronage à l’île Maurice au XVIIIe siècle, et donne une nouvelle incarnation visuelle à des récits de résistance longtemps invisibilisés. En 1759 à l’Île Maurice, deux esclaves, Massamba et sa fille Mati, travaillent, avec frayeur et labeur, dans la plantation appartenant à Eugène Larcenet. Massamba n'a qu'une envie : que sa fille soit rendue libre. Mati a une folle idée : quitter cet enfer. Une nuit, elle s'évade. Eugène Larcenet compte sur Madame La Victoire, payée par le Roi pour chasser les esclaves fugitifs, pour la ramener. Massamba fuit à son tour, devenant un « esclave marron ».
Cette table ronde propose d’explorer les mémoires de l’esclavage à travers la richesse et la diversité des formes de transmission contemporaines. En croisant littérature, cinéma et outils pédagogiques, elle interroge la manière dont ces récits se transforment, se réinventent et circulent pour toucher des publics toujours plus larges. La table ronde mettra ainsi en lumière la complémentarité entre le roman, l’adaptation cinématographique et les supports pédagogiques, montrant comment chaque médium contribue, à sa manière, à la transmission, à la compréhension et à l’appropriation de l’histoire de l’esclavage. Les échanges seront modérés par Aissata Seck, directrice de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, qui accompagnera la réflexion sur les enjeux contemporains de mémoire, de création et de transmission.